Investissement éthique : définition et fonctionnement des fonds éthiques

183 milliards d’euros. C’est le montant colossal géré par les fonds éthiques en France en 2023. Derrière ce chiffre, une conviction s’impose : l’argent n’est plus un simple outil de placement, il devient un levier pour transformer la société.

L’investissement éthique, une réponse aux enjeux contemporains

L’investissement éthique consiste à orienter ses capitaux vers des entreprises ou projets cohérents avec des valeurs morales précises. Cette démarche s’inscrit dans la mouvance d’une finance éthique qui fonde ses choix sur les fameux critères ESG : environnement, social, gouvernance. Depuis le rapport Brundtland de 1987, qui a forgé le concept de développement durable, jusqu’à l’Accord de Paris (COP21) qui a mis la transition énergétique sur le devant de la scène, cette approche responsable s’impose peu à peu dans le paysage financier, portée par l’urgence écologique et sociale.

Ici, la rentabilité n’est plus l’unique boussole. Les acteurs de la finance durable cherchent un équilibre entre performance sur la durée et impact positif pour la collectivité. Soutien à la transition écologique, lutte contre les inégalités, promotion du bien commun : les objectifs de développement durable de l’ONU, ils sont dix-sept, sont devenus des points de repère incontournables pour bon nombre de fonds et d’investisseurs. Rappelons aussi le Sommet de la Terre à Rio en 1992, ou l’encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI, qui ont souligné la responsabilité de chaque acteur économique, bien au-delà du seul profit.

Concrètement, l’investissement éthique repose sur plusieurs fondations :

  • Le respect des personnes et de l’environnement dans chaque décision
  • Des pratiques transparentes, lisibles et justifiables
  • La recherche d’un impact social ou environnemental qui puisse réellement être mesuré

L’essor de l’investissement responsable traduit une volonté partagée : celle d’apporter des solutions concrètes aux défis de notre époque, sans renoncer à la performance. La finance éthique n’est plus une utopie, elle façonne de nouveaux modèles économiques, en propulsant la transition écologique et sociale via un usage raisonné des ressources.

Qu’est-ce qu’un fonds éthique et comment fonctionne-t-il ?

Un fonds éthique sélectionne ses investissements en fonction de critères extra-financiers, principalement les critères ESG (environnement, social, gouvernance). Contrairement à la gestion traditionnelle, il ne s’agit pas seulement de viser la rentabilité, mais aussi de générer un impact positif sur la société ou la planète. Plusieurs grandes catégories structurent l’univers des fonds éthiques :

  • Les fonds d’exclusion, qui retirent de leur portefeuille les entreprises opérant dans des secteurs jugés néfastes (charbon, tabac, armement, etc.)
  • Les fonds thématiques, qui misent sur des secteurs liés à la transition écologique ou aux innovations sociales, comme les énergies renouvelables ou la santé
  • Les fonds solidaires, orientés vers le financement de l’économie sociale et solidaire, l’emploi local ou l’insertion professionnelle

La sélection de titres peut suivre diverses approches. Avec la méthode best in class, on retient les entreprises les plus performantes de chaque secteur au regard des critères ESG. La méthode best in universe vise les entreprises les mieux notées, tous secteurs confondus. Quant à la démarche best effort, elle met en avant les sociétés qui progressent le plus en matière de responsabilité. Les fonds d’investissement socialement responsable peuvent décrocher des labels comme le label ISR ou le label Greenfin : autant de repères pour s’y retrouver, même si ces distinctions ne garantissent pas un alignement parfait avec toutes les convictions personnelles.

Pour peser sur la stratégie des entreprises, la gestion active et l’engagement actionnarial restent incontournables. Les investisseurs exigent désormais une transparence accrue et une cohérence réelle des choix opérés, afin d’éviter toute apparence de greenwashing.

Quels critères privilégier pour choisir un investissement responsable ?

L’investissement responsable ne se limite jamais à un logo vert ou à un argument marketing. Face à la profusion des offres, il devient nécessaire de creuser la réalité derrière les étiquettes. Les critères ESG servent de grille d’analyse : ils aident à juger si une société réduit son empreinte écologique, traite ses salariés avec justice, dialogue avec ses parties prenantes et fait preuve de clarté dans sa gouvernance.

Pour naviguer dans cette diversité, quelques repères s’imposent. Recherchez les fonds qui détaillent leur méthode de sélection : best in class pour les plus vertueux de chaque secteur, best in universe pour les mieux notés toutes catégories confondues, ou best effort pour ceux en progrès. Les labels ISR et Greenfin facilitent le repérage, mais ils ne remplacent pas une analyse minutieuse de la politique d’investissement. Un label ne vaut pas signature définitive : pour vérifier le réel alignement avec vos principes, il faut garder un regard critique.

La transparence fait la différence. Parcourez les rapports d’impact, examinez la composition des portefeuilles, intéressez-vous aux votes en assemblée générale. La cohérence des engagements, la capacité du gestionnaire à influer sur les pratiques des entreprises, voire à s’opposer à certaines, restent des critères concrets. Restez attentif au greenwashing : certains produits affichent une façade responsable sans véritable changement dans leur modèle économique.

S’engager dans une démarche éthique demande une vigilance constante. Interrogez les politiques d’exclusion, les modalités de dialogue actionnarial et la prise en compte réelle des enjeux environnementaux et sociaux. La finance durable se construit dans l’exigence au quotidien, bien loin des slogans ornementaux.

Ressources et premières étapes pour se lancer dans l’investissement éthique

Les solutions n’ont jamais été aussi nombreuses pour adapter sa stratégie à ses convictions. À grande échelle, le fonds souverain norvégien (GPFG), piloté par la banque centrale de Norvège, montre la force d’une politique systématique : il applique des règles éthiques strictes et exclut des entreprises comme Eramet pour leur impact environnemental. Cet exemple inspire, mais il existe aussi des options accessibles à chacun.

Voici quelques dispositifs et acteurs qui permettent d’investir de façon responsable :

  • Les assurance-vie ISR, PER ISR et livrets d’épargne engagés : les plateformes spécialisées, telles que Goodvest, offrent des produits alignés sur les critères ESG. L’offre est de plus en plus diversifiée, avec des solutions de gestion pilotée et des profils personnalisés selon le niveau d’exigence éthique souhaité. À titre d’exemple, le livret d’épargne Goodvest contribue à la rénovation énergétique des bâtiments en France, rendant l’impact de l’épargne visible et concret.
  • Pour ceux qui privilégient l’économie réelle, le crowdfunding durable permet d’investir directement dans des projets liés aux énergies renouvelables, à l’agriculture biologique ou à la mobilité douce.
  • Les SCI immobilières durables (Novaxia R, Iroko Next) proposent une exposition à l’immobilier avec une attention particulière à la valorisation environnementale des actifs.

Avant de placer un euro, vérifiez la méthodologie d’allocation, la clarté des frais, le suivi des impacts. Les rapports annuels et la composition des portefeuilles sont des ressources précieuses pour évaluer la réalité des engagements. Le secteur progresse, poussé par des exigences de traçabilité et d’alignement, mais rien ne remplace une vigilance active.

À chacun de décider comment orienter son patrimoine, mais une chose est sûre : l’investissement éthique ne se contente plus de belles intentions. Il trace chaque jour un peu plus la voie d’une économie responsable, où chaque euro investi pèse sur la trajectoire collective. La finance n’est plus un simple outil, elle devient un choix de société.

Choix de la rédaction