Une certitude, rarement dite : aucune réponse de ChatGPT ne provient d’une fouille instantanée sur Internet. Tout ce que l’IA livre s’appuie sur un immense stock de textes, glanés avant juin 2024 et soigneusement sélectionnés. À cette base s’ajoutent parfois des contenus sous licence, des jeux de données conçus par des humains, ou encore quelques informations issues de partenaires triés sur le volet.
Impossible pour ChatGPT d’aller piocher dans des archives confidentielles, des bases fermées ou des publications fraîchement parues. Ce mode de fonctionnement pose d’emblée la question de la fiabilité et du renouvellement des réponses, surtout lorsque les connaissances s’accélèrent et que les enjeux évoluent à toute vitesse.
Ce que l’on sait vraiment des sources d’information de ChatGPT
Sur la composition exacte de la base de données qui a servi à entraîner ChatGPT, le flou persiste. OpenAI, qui pilote ce projet, livre des indications au compte-gouttes. Pourtant, quelques certitudes émergent :
- L’IA s’est nourrie d’un ensemble gigantesque de données textuelles rassemblées sur le web.
- Des plateformes à large audience, telles que Wikipedia ou Reddit, figurent dans ce vivier, aux côtés de livres scannés, d’articles de presse, de forums et de documents techniques.
- Les modèles de langage s’imprègnent de ces textes bruts, fusionnant extraits du web public, contenus libres ou sous licence.
Ce processus alimente de vifs débats sur la propriété intellectuelle. De nombreux contenus protégés par le droit d’auteur se retrouvent absorbés dans l’entraînement des modèles, bien souvent sans accord des créateurs. Les discussions juridiques se multiplient, surtout en France, où auteurs et éditeurs dénoncent la captation de leur travail. OpenAI revendique l’exclusion des bases privées, mais la frontière demeure ambiguë, notamment pour les œuvres numérisées ou les contenus semi-publics.
Une évolution technique vient encore brouiller les cartes : la retrieval augmented generation (RAG). Ce dispositif hybride associe la génération de texte à la récupération d’informations indexées, pour enrichir les réponses. Malgré tout, la version publique de ChatGPT ne cite pas directement ses sources et ne promet rien sur la fraîcheur des données. Le mode opératoire d’OpenAI reste difficile à cerner : aucune liste complète des sites ou bases utilisées, aucune traçabilité détaillée. Beaucoup de chercheurs réclament plus de transparence, condition indispensable pour évaluer la qualité et la fiabilité des contenus produits.
Comment l’IA façonne-t-elle notre accès à la connaissance ?
L’intelligence artificielle change la donne dans la manière dont nous accédons au savoir. ChatGPT, comme ses cousins, trie, assemble et restitue des contenus issus des profondeurs du web. Là où, hier, un moteur de recherche redirigeait vers des liens, l’IA propose désormais des réponses synthétiques. L’utilisateur n’est plus envoyé vers une source, il reçoit une synthèse concoctée en coulisses.
Ce changement transforme notre rapport à l’information. Fini le parcours classique : question, exploration, comparaison. Les réponses arrivent toutes prêtes, sans toujours laisser la possibilité de remonter aux sources. Face à cette facilité, des questions surgissent : risque-t-on de perdre en diversité d’opinions ? Les sources hiérarchisées et les arguments solides risquent-ils de s’effacer derrière le confort de l’automatisation ?
Les grands acteurs du numérique, Microsoft et Google en tête, s’imposent en intermédiaires incontournables. La technologie devient filtre, s’interposant entre l’utilisateur et la richesse du savoir disponible. Cette centralisation pourrait entraîner une uniformisation des discours, ou renforcer notre dépendance à quelques plateformes dominantes.
En France, comme à Berlin, l’idée de réguler ces outils fait son chemin. Les enjeux dépassent largement la simple fiabilité : il s’agit de défendre la pluralité des voix, l’indépendance intellectuelle. Sur les réseaux sociaux, déjà accusés d’accentuer les clivages, ces intelligences artificielles débarquent avec leur capacité à modeler, amplifier, voire orienter l’accès à la connaissance.
Des secteurs transformés : santé, éducation, médias… quels impacts concrets ?
Le secteur de la santé fait face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Les professionnels, confrontés à la masse croissante des données médicales et à l’évolution rapide de la recherche, adoptent de nouveaux outils génératifs pour la veille, la synthèse d’articles ou la recherche documentaire. Les réponses tombent en quelques secondes, mais tout dépend de la qualité des contenus ingérés lors de la formation du modèle. Plusieurs risques accompagnent cette révolution :
- erreurs de diagnostic, biais, manque de traçabilité sur l’origine des informations.
Dans le monde de l’éducation, le recours à ChatGPT bouleverse la pratique pédagogique. Sollicité pour expliquer, corriger ou rédiger, l’outil numérique s’impose comme un assistant permanent. Les enseignants s’interrogent sur les conséquences : la capacité des élèves à vérifier, à argumenter et à développer leur esprit critique est mise à l’épreuve. L’autonomie dans la recherche d’information s’effrite, remplacée par la tentation du tout-automatisé. Les débats s’enflamment autour de la pertinence des contenus, la gestion des données personnelles et la transparence des algorithmes.
Dans la presse et les médias, les repères changent. Les rédactions réinventent leurs stratégies pour exister face à la production automatisée, l’optimisation SEO ou la diffusion massive de textes générés. La frontière s’estompe entre le travail journalistique vérifié et le contenu généré par machine. La fiabilité et la responsabilité éditoriale deviennent des enjeux centraux. Les éditeurs, en France et ailleurs, cherchent à défendre leurs droits, dans un contexte où la captation algorithmique menace la valorisation de leur production.
Vers un futur éclairé ou sous influence : quelles questions pour demain ?
La fiabilité des réponses produites par ChatGPT reste un point de tension. L’absence d’indication systématique des sources, la rareté des citations ou des backlinks, entretiennent l’incertitude. Formé sur des jeux de données massifs, le modèle mélange textes vérifiés et informations incertaines. Même un utilisateur aguerri hésite parfois entre confiance et prudence. De nombreux chercheurs mettent en avant les effets de cette opacité sur le jugement et la capacité à distinguer le solide du discutable.
La question de la transparence des modèles occupe désormais le devant de la scène. OpenAI, comme d’autres, garde le secret sur la composition exacte de ses bases d’entraînement. Les sollicitations pour obtenir des informations sur la fraîcheur ou la vérification des données restent souvent sans réponse. En France et ailleurs, les appels à des règles plus strictes se multiplient. Régulation, protection des données personnelles, responsabilité des fournisseurs d’intelligence artificielle : ces sujets s’imposent alors que ces outils pénètrent tous les secteurs, de la recherche à la santé, en passant par l’enseignement.
Voici les grandes interrogations qui se dessinent pour les années à venir :
- Qui peut réellement attester de la véracité des textes générés par ces technologies ?
- Comment garantir une indication claire des sources derrière chaque réponse ?
- Jusqu’où laisser exploiter les données personnelles au nom de l’efficacité algorithmique ?
À l’aube d’une nouvelle ère du savoir, la vigilance collective s’impose. Entre opacité persistante et promesses d’innovation, la question de la responsabilité ne pourra plus être balayée d’un revers de main.


